Paris, je t’aime

La Ville Lumière offre un panel extraordinaire d’activités qu’importe la saison. Que vous soyez un amoureux de l’art, un passionné d’Histoire, un féru d’adresses savoureuses ou un adepte du slow life, vous serez sans doute séduit par cette sélection de brasseries, boutiques et musées divisée selon trois thématiques : Paris bohème, Paris gourmet et Paris flânerie.

Texte : Mireille Jaccard
Photos : Mireille Jaccard

A l’évocation de Paris, certains penseront peut-être aux images capturées par l’objectif sensible de Robert Doisneau, à Gabrielle Chanel et à sa légendaire petite robe noire ou encore aux films de la Nouvelle Vague. Pour d’autres, ce seront éventuellement des souvenirs d’un séjour et des visites incontournables qui leur reviendront à l’esprit.

Pour ma part (nous en sommes à l’heure des confidences), ce sont les poèmes de Jacques Prévert qui surgissent en premier. Ceux que j’ai appris à réciter, le dos collé contre le tableau noir, dans cette école, reconnaissable à sa grande porte cochère aux poignées dorées, située à mi-chemin du Parc Monceau et du métro Miromesnil. Bien évidemment, je pourrais aussi vous parler du tablier de couleur bleu marine que mes camarades et moi devions porter — règlement oblige —, de nos cheveux coiffés avec une application d’orfèvre, de l’exigence du programme scolaire qui nous dotait de nos premières armes pour affronter le monde, celui que nous construisions déjà, l’air de rien, au-dessus de nos pupitres en bois, la mine concentrée et la langue tirée. Aujourd’hui, je connais les raisons de l’émotion qui me gagne lorsque mon odorat est titillé par les effluves de colle mélangées à celles de l’encre ou que mon regard se pose dans ce quartier du 8e arrondissement. Tout cela me catapulte instantanément à cette époque où les souvenirs, les plus joyeux comme les plus douloureux, deviennent évoqués les uns après les autres, un puzzle unique, celui de l’enfance.

Plus tard, à un âge où les choix sont très souvent dictés par l’insolence de la jeunesse, c’est la fraîcheur citadine qui régnait dans la pensée académique qui m’avait décidé de m’y installer à nouveau. Cette fois, j’y découvrais un Paris aux saveurs caféinées, celui du petit noir que l’on boit serré en fronçant le nez, la tête plongée dans les révisions avec, à la clé, la promesse d’un week-end rempli de lectures structurantes et de plaisirs désuets : s’engouffrer dans une salle obscure et défraîchie du quartier latin pour y visionner des classiques, flâner dans les rayons de librairies, découvrir la joie des marchés dominicaux et son odeur de poulet rôti mêlée à ceux des bouquets du fleuriste.

Scène de la vie quotidienne.

Maintenant, soit dix ans après, arrivée à un âge où je me dois d’appliquer consciencieusement une crème sur le contour de mes yeux, je réalise à quel point j’aime cette ville. Je ne saurais néanmoins vous cacher que Paris m’a aussi parfois agacée et malmenée, rudoyée même. Il m’a fallu des années pour apprendre à n’écouter que d’une oreille les avis politiques virulents, à ignorer les soupirs qui sortent d’abord du nez car ils précèdent souvent des « oui » francs, à claquer des bises à double (« c’est à la campagne que l’on fait trois » m’avait-on dit du bout des lèvres, le regard un peu ailleurs, il y a de cela des années), à alléger mon coeur lourd en enfilant une paire de  basket afin de parcourir des kilomètres sur le bitume avec mon ami N., à traverser toute la ville en métro sans un quelconque plan, à rire de l’absurdité de certaines situations, à commander des « noisette, verre d’eau » et de rebondir au trait d’humour du serveur du petit café d’en-bas, avant d’avoir l’impression heureuse de me sentir chez moi.

Le Bistro des Victoires.

 

Paris bohème chic

C’était comme ça à l’époque.
On venait à Paris avec une chemise de nuit,
un crayon et un Rolleiflex.
Sabine Weiss, photographe

Le matin tôt : L’heure idéale pour un petit noir sur le zinc pour humer l’atmosphère de la ville. Entre les cliquetis des cuillères contre les dessous de tasse blanches, le bruit caractéristique du froissement d’un journal qui se déplie et le va-et-vient incessant des garçons de café, la taille serrée par un tablier noir, les conversations vont bon train. Il suffit d’ailleurs de tendre l’oreille pour saisir, à la volée, quelques indices à propos du contenu des bavardages des voisins. Dans un débit rapide, ça discute sec : expositions en cours, dernier restaurant à tester sans attendre, cinéma d’auteur mais aussi, soucis domestiques. Ainsi, même derrière les luxueuses façades haussmanniennes, les robinets peuvent fuir et les ascenseurs tomber régulièrement en panne, sans que cela alerte outre mesure les propriétaires très désinvoltes vis-à-vis de la question.

En moins de quelques minutes, nous voilà plongés dans le bain citadin à la fois populaire et élégant. La preuve ? Regardez discrètement ces éboueurs levés depuis l’aube, reconnaissables à leur tenue verte et jaune, en train de boire leur « express » vite fait aux côtés de cette femme en escarpin et aux lèvres soigneusement peintes en carmin, qui dans quelques minutes ira courir prendre le métro.

Quant à nous, il est temps de nous retirer doucement de la scène pour tâter le pouls du quartier résidentiel du XVIIe arrondissement. Le marché biologique des Batignolles permet d’observer un échantillon de Parisiens à l’air sérieux et pressés (on ne badine pas avec les courses), un cabas en osier dans une main et une liste manuscrite dans l’autre. Le petit plus de ce marché ? Le Sacré Coeur au bout de la rue.

Dirigez-vous ensuite vers la gare Saint- Lazare en descendant la rue de Rome où se suivent luthiers et magasins de musique, avant de sauter dans la ligne 14 du métro et de rejoindre Châtelet. Une fois sorti de la station, deux options s’offrent à vous. Pour les amateurs d’art moderne, le Centre Pompidou vous tend les bras. Pour ceux qui préfère la photo : la Maison européenne de la photographie.

Café Pinson.

Pour le déjeuner : Situé à la rue des Rosiers « Chez Marianne » est idéal pour vous initier à la cuisine israélienne avec leurs généreuses assiettes composées de quatre, cinq ou six mets. Falafels, caviar d’aubergines, brick au boeuf, pastrami… sans oublier les desserts (que vous pouvez prendre à l’emporter si vous êtes rassasiés) sont un délice. Allez-y soit très tôt, soit très tard afin d’éviter la foule. Si vous préférez une ambiance plus « street food », prolongez votre marche dans le haut Marais jusqu’au Marché des Enfants Rouges, qui est l’un des plus ancien marché couvert de Paris. Vous aurez l’embarras du choix pour vous sustenter entre la cuisine marocaine, italienne, japonaise, antillaise ou française. Néanmoins, si vous êtes d’humeur à découvrir une cuisine plus organique et soignée, le Café Pinson vous donnera le sourire. Ce dernier est idéal pour les brunchs du dimanche mais pensez à réserver. Le quartier regorge de boutiques de petits créateurs avec une mention spéciale pour « Monsieur Paris » et leurs bijoux délicats faits à la main et « Violette et Léonie » pour leur sélection de vêtements vintage. Plus loin, la boutique « Merci » vaut aussi le détour avant de rejoindre la place des Vosges.

Vous régaler et découvrir de nouvelles saveurs

Comme un petit air de nostalgie sur ce zinc.

A l’heure de l’apéro : Le Mary Celeste, au cadre épuré et aux briques apparentes, est la promesse d’un beau début de soirée. Commandez un verre et quelques plats confectionnés façon tapas. Ensuite, à quelques pas de là, La Candelaria vous attend avec des spécialités mexicaines. Si aux premiers abords, le lieu à la devanture verte semble être un simple fast food, laissez-vous surprendre à vous attabler au comptoir et grignoter quelques tacos avant de poursuivre la soirée en ouvrant la porte en bois au fond du restaurant où se cache un lieu insolite.

Paris gourmet

« Tout bonheur commence par un petit déjeuner tranquille ».
Somerset Maugham, romancier

Commencez votre journée par le centre de la place de la Concorde, à côté de l’Obélisque de Louxor d’où vous aurez une vue magnifique sur les Champs-Elysées, l’Arc de Triomphe et à votre gauche, la Tour Eiffel. Tournez votre regard dans le sens inverse des aiguilles d’une montre : l’Assemblée Nationale avec derrière elle, le Dôme des Invalides. Continuez votre rotation pour distinguer le jardin des Tuileries et enfin l’Eglise de la Madeleine vers laquelle je vous invite à vous diriger.

Amateur de thé ? Un saut chez Fauchon et Hediard s’impose. Prenez ensuite le boulevard des Capucines afin d’atteindre le célèbre Café de la Paix où une halte arrive à point nommé avec, en prime, une vue sur l’Opéra Garnier.

Poursuivez votre balade sur l’avenue, passez par la majestueuse place Vendôme entourée de ses grands joailliers qui vous mènera ensuite sur la rue Saint-Honoré.

Paris aux saveurs caféinées

Au moment d’arriver à l’intersection avec la rue de l’Echelle, empruntez la pour rejoindre la rue Sainte-Anne qui regorge de restaurants japonais (Yasubé au 9 pour un bento qui dépote ou des brochettes grillées sur le feu, Aki boulangerie au 16 pour leurs délicieuses pâtisseries, Dosanko au 40 pour les ramen dont le bouillon mijote dans la vitrine) et remontez la rue jusqu’au numéro 51 pour l’épicerie fine Roellinger où sont sélectionnés des épices qui font la célébrité du lieu. Une vraie caverne d’Ali Baba dont il sera difficile de ressortir les mains vides.

Pour le déjeuner : Dans le quartier, le Grand Véfour, situé à côté du Palais Royal, vous attend. Ici, le chef Guy Martin propose de découvrir sa cuisine étoilée dans un cadre parisien d’antan. Miroirs, dorures du XVIIIe siècle et fresques ne manqueront pas de vous éblouir.

Si par contre, vous avez le courage de changer de quartier, foncez goûter à la cuisine du chef William Ledeuil dans le 6e arrondissement. Ze Kitchen Gallery est animé par un chef d’une modestie qui rend sa cuisine encore plus savoureuse. Amoureux des bons produits, le chef Ledeuil, qui a fait ses classes chez Ferrandi puis à la maison Guy Savoy, a parcouru l’Asie avant de poser ses ustensiles. Tous les jours, ses nouvelles idées enchantent les papilles de ses convives.

Depuis Beaubourg.

A l’heure du dîner : La Maison du Saké, ouvert récemment, est un coup de coeur. Si la réservation est hautement conseillée, allez-y les yeux fermés si vous appréciez la cuisine japonaise et le concept d’izakaya : une multitude de petits plats que l’on savoure avec un verre d’alcool de riz, chaud ou froid, choisis avec rigueur. Croquettes, palourdes au saké, sashimi selon arrivage, nouilles de sarrasin, tataki… Vous allez vraiment vous régaler et découvrir de nouvelles saveurs que l’on trouve rarement dans les cartes de restaurants japonais établis en Europe.

Pour un séjour dédié à la flânerie
– « Vous venez pour affaires à Paris, Monsieur Swann ? »
– « Non, je viens pour dormir ».
Dans le film Yves Saint Laurent
de Bertrand Bonello

Les colonnes de Buren au Palais Royal.

Parfois, dans ce rythme faussement apaisé des heures creuses, il est important de savoir voyager sans liste exhaustive pour être mieux à l’écoute des détails distillés dans l’air. Démarrez la journée par une halte dans l’une de mes librairies favorites. La librairie Delamain, située place Colette, a quelque chose appartenant à un autre temps et de charmant avec ses grandes échelles en bois sur lesquelles on peut même se hisser pour atteindre un livre rangé en hauteur. Le secret ? Y entrer sans idée précise de ce que l’on cherche et l’esprit flottant pour que la magie puisse opérer. Si vous sortez de là avec un ouvrage sous le bras, commencez sa lecture dans le café juste en face, au Nemours. Ou s’il fait suffisamment chaud, prenez un matcha latte à emporter chez Kitsuné, jetez un oeil aux colonnes de Buren au passage et installez-vous sur l’un des bancs du jardin du Palais Royal.

Chez Marianne.

Un peu plus tard, à l’heure du déjeuner, si des envies de saveurs italiennes se manifestent, « Enza et Famiglia » sera une décision des plus réjouissantes. Il y règne l’atmosphère typique d’une trattoria familiale. Burrata crémeuse, polenta au parmesan et à l’huile de truffe, pâtes fraîches… Toute la fraîcheur de la Sicile en plein coeur de Paris. Si par contre, vous avez envie de vous attabler face à un plat typiquement français, Le Bistro des Victoires à quelques pas de là est une belle option. Salade gourmande, entrecôte au thym brûlé de la garrigue, confit de canard, poulet rôti… Le tout servi avec un verre de Côte du Rhône dans un décor à l’ancienne ne vous laissera pas de marbre.

Les vieilles cartes postales.

L’après-midi : le Musée du Jeu de Paume dans le Jardin des Tuileries est une belle idée à moins que rêvasser devant les Nymphéas de Claude Monet au Musée de l’Orangerie vous tente encore d’avantage. Si vous êtes plutôt d’humeur à vous laisser bercer, le salon de thé du Musée de la Vie Romantique (ouvert de mi-avril à mi-octobre) est un lieu de quiétude et de romantisme sans pareil. Plus tard, pour l’apéro, allez donc boire un Perroquet (Pastis, sirop de menthe et eau) dans le 6e arrondissement, plus précisément au Café de la Mairie situé face à l’église Saint-Sulpice. Une adresse que l’on se donne en chuchotant avec un air entendu. Pour le dîner, l’institution « Chez Fernand », au coeur de Saint-Germain-des-Prés, avec ses nappes à carreaux terminera la journée dans une atmosphère conviviale.

Les toits de Paris.

En espérant vous avoir donné l’envie de réserver un billet de TGV au plus vite, je vous souhaite de belles découvertes.

Les adresses en un clin d’oeil

Paris bohème chic
— Maison européenne de la photographie : 5/7, rue de Fourcy
— Chez Marianne : 2, rue des Hospitalières — Saint-Gervais
— Marché des Enfants Rouges : 39, rue de Bretagne
— Le Café Pinson : 6, rue du Forez
— Monsieur Paris : 53, rue Charlot
— Violette et Léonie : 114, rue de Turenne
— Boutique Merci : 111, rue Beaumarchais
— Le Mary Celeste : 1, rue Commines
— La Candelaria : 52, rue de Saintonge

Paris gourmet
— Grand Le Véfour : 17, rue de Beaujolais
— Ze Kitchen Gallery : 4, rue des Grands Augustins
— La Maison du Saké : 11, rue de Tiquetonne

Pour un séjour dédié à la flânerie
— Librairie Delamain : 155, rue Saint Honoré
— Le Nemours : 2, place Colette
— Chez Kitsuné : 51, galerie du Montpensier
— Enza et Famiglia : 89, rue Saint-Honoré
— Le Bistro des Victoires : 6, rue de la Vrillière
— Musée de la Vie Romantique : 16, rue Chaptal 9
— Café de la Mairie : 8, place Saint-Sulpice
— Chez Fernand : 13, rue Guisarde

Et s’il vous reste du temps
— Hôtel du Nord : 102, Quai de Jemmapes
— Pâtisserie Ciel : 3, rue Monge. (Pour leur « chiffon cake »).
— L’Eclair de Génie : 14, rue Pavée. (Pour des éclairs aux saveurs originales de l’ancien chef de chez Fauchon).
— Crêperie du Comptoir : 9, carrefour de l’Odéon. (Pour le meilleur jambon beurre à emporter).
— Shakespeare and Company: 37, rue de la Bûcherie. (La librairie anglaise ouverte jusqu’à 23 heures).
— Guilo Guilo : 8, rue Garreau. (Pour une véritable expérience culinaire).
— Télescope : 5, rue Villedo. (Pour un des meilleurs cafés).