Obama, Cuba, et le cigare s’en va !

Lorsque sera effective la levée définitive des embargos qui frappent encore l’île des Castro, le monde du habano va changer. Définitivement et en profondeur.

Texte : Jean-François Fournier
Photos : SP

Il faut dire que le régime cubain a de quoi se frotter les mains puisque ses puros constituent la troisième richesse du pays, après le nickel et les produits biopharmaceutiques. En 2013, le chiffre d’affaires des havanes frisait ainsi le demi-milliard de dollars sur leurs marchés préférentiels, lesquels sont, dans l’ordre décroissant, l’Espagne, la France, la Chine, l’Allemagne, la Suisse, le Liban et les Emirats arabes unis.

Aujourd’hui, les états cités ci-dessus bénéficient des plus beaux modules, des plus belles boîtes. Mais demain, lorsque les aficionados américains pourront enfin en acheter davantage que les 100 dollars autorisés présentement — et encore, s’ils sont acquis directement sur l’île —, ils vont inverser toutes les tendances du marché et s’accaparer les meilleurs produits.

Des investissements énormes

Un scénario écrit d’avance, même si l’administration US, via la FDA (Food and Drug Administration) pourrait dans un premier temps interdire l’accès du havane aux commerces locaux, et dans un second, imposer un catalogue restreint de modèles et de marques. Des spécialistes ont ainsi calculé qu’il faudrait plus de 200 jours ouvrables de travail pour le seul contrôle sanitaire des vitoles importées de Cuba. Soit le même traitement que celui imposé aux banales cigarettes. Et ce, pour chacun des modules de chaque marque. Un pensum dément. Et des investissements énormes puisque la FDA estime le processus de validation à plus de 300’000 dollars le modèle, et l’industrie du tabac à plus d’un million même.

D’où un calendrier qui prévoit l’arrivée de ces petits bijoux roulés à la main sur le sol américain au mieux en 2019. Il n’empêche que Raoul Castro peut se réjouir puisque le marché du cigare cubain aux Etats-Unis devrait rapporter à son gouvernement un quart de milliard chaque année.

Le habano

Pour séduire leur puissant voisin du Nord, la Havane veut ainsi relancer le habano. Force est constater que les plantations de tabac cubaines ont décliné de 65 % entre 2009 et 2014. Que la production a diminué de 21 % à quelque 20’000 tonnes. Et que les exportations ont chuté de 58 %, à 91 millions d’unités, ou un peu plus d’une centaine, selon les sources. Dès lors, le gouvernement veut remonter le temps, du moins rattraper celui qu’il a perdu. Ce qui nous vaut un nouveau plan quinquennal prévoyant une croyance annuelle de la production de plus de 20 %. Un cap qui doit suivre les courbes de la rénovation des hôtels et de celles des installations portuaires, car à Cuba, sur un marché où le salaire moyen est d’à peine 25 dollars par mois, le cigare et son complément le rhum Havana Club forment couple qui est au moins l’égal du tourisme et de l’industrie. Du moins politiquement !