Manger vite, manger sain, manger américain…

En Californie, le premier restaurant entièrement automatisé fait fureur à San Francisco. Chez Eatsa, puisque c’est le nom de cette toute nouvelle chaîne de fast-food, le client commande son « repas » comme on fait aujourd’hui le plein à une station-service.

Texte : Fabien Dunand
Photos : Eatsa

Eatsa restaurant entièrement automatisé, San Francisco

On introduit sa carte de crédit sur une tablette qui permet ensuite de choisir les mets souhaités. Quelques instants plus tard, le client peut en prendre livraison dans l’un des casiers de distribution vitrés où son nom s’affiche automatiquement. Et consommer sa pitance sur place ou l’emporter. Ici, pas de personnel, ni serveur, ni caissier. Le restaurant prévoit même de remplacer ses cuisiniers, invisibles, par des machines.

Il y a quand même quelques limites. D’abord, il faut être végétarien. Le resto ne sert que des bowls (des bolées) de quinoa auxquels le client peut ajouter d’autres ingrédients : des haricots, des betteraves, du maïs, des pois chiche, des croutons, etc., et l’assaisonnement de son choix : une sauce au curry, par exemple. Ensuite, on n’a pas encore supprimé le temps d’attente, debout évidemment. Quand il y a une file à l’entrée du restaurant, des pancartes vous indiquent le nombre de minutes qui vous séparent de votre quinoa préféré.

Les arguments d’Eatsa ? C’est meilleur pour la santé. Lors de votre choix, la tablette vous indique le nombre de calories et le poids de protéines que vous allez consommer. Rien que des protéines. Sur ce point, la vieille civilisation est appelée à la rescousse. Un écran géant vous informe — comme si vous ne le saviez pas ! – que « le mot ‹ protéine › vient du grec prôtos, qui signifie ‹ de la plus grande importance › ». Avec Eatsa, vous pouvez donc développer une dépendance saine à l’égard du fast-food grâce au culte du quinoa.

Une dépendance « saine » à l’égard du fast-food

Le menu sur écran digital et l’assiette que l’on vous sert

L’éloge du quinoa

Le site internet d’Eatsa n’a pas de mots trop élogieux pour parler de son idole. En substance, le quinoa est une protéine complète qui contient tous les acides aminés nécessaires à l’alimentation humaine. Il évite le cholestérol et ignore le gluten. Il peut absorber les saveurs et les sauces, ce qui en fait une base idéale pour toutes sortes de délices. Le quinoa est aussi l’aliment idéal pour relever le défi alimentaire mondial. Contrairement aux protéines d’origine animale, sa production consomme peu de ressources : 1/30e de la quantité d’énergie par rapport à la production de protéines animales. Pour le dire simplement, le quinoa c’est mieux pour nous tous et pour la planète. Voilà pourquoi Eatsa a fait du quinoa « l’étoile » de son menu. Le guide Michelin n’est pas loin.

C’est donc bien mieux et pour moins cher. Toutes les bolées sont au même prix : 6 dollars 95. Même pas 7. Vous recevez le reçu de l’addition par courriel. Et comme il n’y a pas de serveur, vous économisez aussi sur le pourboire.

Plus qu’un restaurant, « c’est un système de livraison de nourriture, explique son propriétaire David Friedberg. La technologie nous permet de repenser complètement la manière dont les gens s’alimentent ». Il a effectivement la formation requise. Cet ingénieur astrophysicien, végétarien passionné, est un ancien employé de Google.

Les clients d’Eatsa, qui baignent dans le nouveau monde de la révolution numérique, sont ravis. Ils trouvent cela génial, le concept mais aussi le contenu. Une cliente, encore toute émerveillée de sa bolée, y voit le symbole des métropoles du monde : « J’ai fait un mélange latino, thaï et méditerranéen. C’est une métaphore de San Francisco. » Tout le monde est content. La preuve : Eatsa, qui a ouvert son premier restaurant le 31 août 2015, à San Francisco, dispose déjà d’une deuxième enseigne à Los Angeles.

Retirer son repas instantané

Le repas instantané

Mais on peut faire encore beaucoup mieux. L’entreprise Super Body Fuel a mis au point une poudre qui contient, paraît-il, tous les nutriments dont le corps humain a besoin. Avec de l’eau et de l’huile, on obtient un repas liquide. C’est bien moins cher que dans un fast-food. On obtient un repas complet pour environ 3 euros.

« Fuel your body. Free your life ». Alimentez votre corps. Libérez votre vie. Voilà le slogan de Super Body Fuel. Son produit vous permet de gagner du temps, de passer vos matins, vos soirées, vos week-ends à faire ce que vous aimez au lieu de faire des courses, de cuisiner et de vous mettre à table. Il vous permet aussi de réduire à presque rien votre budget nourriture. Et de vous maintenir en bonne santé ! Vous ne souffrirez pas de carence alimentaire tout en perdant du poids grâce à une alimentation qui, en plus, favorise la musculation. L’argument-massue, quoi ! Au lieu d’être tenté de grignoter des trucs malsains, ayez toujours sous la main Super Body Fuel : « Vous n’aurez plus jamais besoin de recourir à la malbouffe ».

Le restaurant

En deux temps, trois mouvements

Vous devez d’abord mélanger la poudre — une tasse de poudre suffit pour un repas — avec de l’eau et de l’huile. Avec un mixeur, rien de plus facile. Deux tasses d’eau pour une tasse de poudre, c’est en principe la bonne dose. Pour l’huile (de colza, d’olive ou de noix de coco, selon votre goût), trois à six cuillerées à soupe devraient suffire pour tous les repas de la journée. Il suffit ensuite de laisser le tout refroidir au réfrigérateur pendant quelques heures, le temps que le mélange devienne onctueux. Et de l’avis de l’entreprise, cette boisson est meilleure froide.

La poudre est livrée sous forme de petits sachets, dont le contenu équivaut à une journée entière d’alimentation. Elle est envoyée sans frais de port. Ils sont inclus dans les prix. Entreposée à sec, la poudre peut se maintenir un an ou deux. Une fois mélangée à du liquide, elle peut être conservée quelques jours dans le réfrigérateur.

Vous pouvez naturellement varier les plaisirs en faisant vos propres expériences. En ajoutant par exemple du lait, du chocolat ou de la cannelle à votre mixture. L’idéal est de la stocker dans une bouteille blender standard. Vous pourrez ainsi remuer le breuvage et vous assurez de son homogénéité avant consommation.

Une tasse de poudre suffit pour un repas

Certaines personnes prennent ce repas à petites gorgées tout au long de la journée. Il faut simplement ne pas boire la bouteille d’un seul coup. Votre estomac pourrait trouver incommodant de recevoir tout un repas en quelques secondes.

Dans certaines entreprises de la Silicon Valley, on n’a pas mis longtemps à comprendre la valeur marchande de cette innovation. Comme le dit crûment un tout jeune patron qui fournit gracieusement ces repas à ses salariés, « ça évite aux employés de perdre du temps au restaurant. C’est bon pour le business ».

Dans les années 1980, lorsque j’avais découvert, du côté de Schenzhen, près de Hong Kong, les essais de la Chine communiste pour introduire le capitalisme sans la démocratie, j’avais été surpris, pour ne pas dire plus, par la manière dont les salariés prenaient leur pause de midi. A la sonnerie, tout le monde quittait son poste de travail et se  dirigeait vers la cantine pour recevoir, en file indienne, son bol de nourriture. Chacun retournait ensuite à sa place, en mangeant en chemin, baguettes en main. Arrivés à leur poste de travail, le repas était terminé, ils pouvaient reprendre le boulot. J’avais pris cela pour une forme moderne d’esclavage. Mais si c’est bon pour le business…