La cerise, joie des petits et des grands

La cerise est l’amie des gourmets. Jamais un gastronome connaissant ses bienfaits ne dira : « Ça ne vaut pas une queue de cerise ».

Texte : Jean-Claude Ribaut
Photos : SP sauf mentions contraires

Car les cerises sont un aliment peu calorique ; elles contiennent surtout du lévulose et peuvent donc être recommandées aux diabétiques réfractaires au glucose, ainsi qu’aux arthritiques puisqu’elles facilitent l’élimination de l’acide urique : la cerise comme les décoctions de queues de cerises sont souveraines contre la goutte.
Elles font aussi la joie des enfants qui les portent deux à deux en boucles d’oreilles, et celle des gourmands qui les aiment fraîches, sucrées, parfumées, parfois acidulées et toujours succulentes. loisir bucolique (www.cueillette.ch/fruits/cerises) .

CIVILISATION DE LA CERISE

Le soleil du Valais est propice aux cerises précoces, sensibles aux caprices climatiques. Juillet et août sont les deux mois la cerise « Zuger Kirschtorte ».

 Le petit canton de Zoug
possède un marché consacré à la cerise.

Un concours cocasse : le «craché de noyau de cerise».

Le canton du Fricktal quant à lui, a créé une randonnée pédestre, le sentier des cerises (Chriesiwäg). En dialecte argovien, les cerises s’appellent « Chriesi ». Long de 5 kilomètres, ce circuit parcourt le Fricktal ponctué par onze panneaux consacrés à la culture de la cerise.
Ces divertissements bon-enfant n’empêchent pas des jeux plus cocasses, tel le championnat suisse de « craché de noyau de cerise » qui a lieu habituellement in juin à Bözen, en Argovie, dans le cadre d’une fête de la cerise. Ce concours – la précision est utile ! – se veut avant tout humoristique. Sa devise : « Crachez bien, crachez loin, mais surtout amusez-vous bien ! » Le record du monde est détenu par le Bernois Armin Fuchs, qui a craché un noyau à 29,17 mètres en 2002 !

La floraison du cerisier, notamment fêtée au Japon.

Mais d’où vient ce fruit mystérieux ? La légende veut que ce soit Lucullus, à son retour d’une victoire contre Mithridate VI, roi du Pont (Asie Mineure), qui apporta aux Romains un cerisier parmi ses trophées. Lucullus, ami de Caton et de Cicéron, avait une solide réputation de gourmet. Il fit un jour savoir à son cuisinier qui venait de lui servir un repas frugal sous le prétexte qu’il dînait seul à son domicile : « Aujourd’hui, Lucullus dîne chez Lucullus. » Cela devait suffire pour que la légende du cerisier apporté de Cérasonte en Asie Mineure soit attribuée à cette figure majeure de la gourmandise à Rome. Les historiens pensent plutôt que c’est l’arbre fruitier qui donna son nom à cette ville, et non l’inverse. Selon Athénée, auteur du Banquet des Sages, le cerisier était connu à Rome et en Grèce, bien avant Lucullus, qui n’aurait donc rapporté qu’une variété inconnue d’un cerisier du Levant. En fait le cerisier ou merisier sauvage était connu en Europe dès l’époque néolithique et de nombreuses traces archéologiques attestent sa présence en Europe à l’Âge du Bronze.
Ce fruit, rappelle l’historien de la table Jean Vitaux, bien que l’on dise de quelque chose de peu qu’il « ne vaut pas une cerise» mérite de rester dans nos usages gastronomiques comme « une cerise sur le gâteau ».