Impressions scandinaves : Légères, incomplètes & personnelles

De fâcheuses circonstances liées à l’incompétence du loueur de voitures Avis nous ont contraint, Fabien Dunand et le soussigné, à renoncer au voyage dans les pays baltes que nous avions programmé pour le mois de juin dernier, ainsi qu’à la rédaction d’un guide de voyage. En désespoir de cause, c’est donc vers la Scandinavie que notre choix s’est porté. Sans préparation, ce périple a parfois pris des allures surprenantes, voire déconcertantes, comme en témoignent ces quelques impressions consacrées aux villes de Copenhague, Göteborg, Oslo et Stockholm. Il va sans dire que l’intérêt et la beauté de la Scandinavie ne se limitent pas à ces métropoles.

Texte : Philippe J. Dubath
Photos : Fabien Dunand & PhDH

Copenhague, une autre Venise du Nord ?

COPENHAGUE (DK) — le 15 juin

Vive la liberté !

Ciel presque complètement bleu ce matin, il fait chaud ! Partons à pied pour une belle t longue balade dans la vieille ville. Maisons aux façades colorées, terrasses bondées, ambiance chaleureuse, cette fois on est en été… dans le nord ! Même la relève de la garde, devant le palais royal, n’atténue pas cette agréable sensation de « ville en vacances » ou de « vacances en ville ».

La petite sirène de H-C Andersen sur le port de Copenhague.

Après avoir rendu visite à la sirène de H. C. Andersen, nous profitons du beau temps pour faire un tour en bateau dans le port et sur les nombreux canaux de la capitale danoise. Promenade instructive, due notamment à l’excellente qualité des explications en français diffusée dans les oreillettes reçues à bord.

Sans rentrer à l’hôtel, en Scandinavie on mange tôt, entre 17 h et 19 heures, nous allons directement au restaurant le « Bror », comme « L’Altro » hier, il est Bib Gourmand dans le guide Michelin. Comme son prédécesseur il n’y a que deux possibilités : le menu court (3 plats) ou le long (4 plats), tous imposés. Vive la liberté du client qui n’a plus qu’une chose à faire… payer l’addition. Et une fois encore c’est parti pour une « dînette » ! Aucun doute, l’influence du très médiatique chef danois René Redzepi qui, dans son restaurant le Noma propose un menu unique de 16 plats, est bien (trop ?) présente. Ce n’est pas mauvais du tout, mais c’est brouillon, les portions rabougries, il n’y a pas de mâche, de consistance. Avec de l’eau et une bière, on déboursera Fr. 67.- par personne pour le petit menu et pour ce prix on met la table et les couverts soi-même ! Un jeune cuisinier français membre de l’imposante brigade viendra nous saluer en nous expliquant qu’il est là depuis six mois et que cette cuisine l’amuse. Nous moins.

Le soir précédent c’est un jeune sommelier italien qui nous a vanté les qualités de son Prosecco… qu’il nous facturera 100 francs la bouteille ! Arnaque ? Vous avez dit arnaque ?

À 40 mètres du sol.

— le 16 juin
Des voltigeurs à plus de 40 mètres !

C’est à pied que nous gagnons le Statens Museum for Kunst. Magnifique surprise ce bâtiment, agrandi il y a quelques années, abrite, entre autres, la plus importante collection d’oeuvres d’Henri Matisse et pratiquement tous les grands noms du 18e-19e et 20e siècle ainsi que les maîtres de la Renaissance. Cependant ce sont les peintres scandinaves, dont la plupart sont inconnus chez nous, qui retiennent mon attention. Je découvre notamment une oeuvre de Karl Bloch qui me ravit et me sidère. Je passe plusieurs heures en ces lieux avant de gagner le parc d’attractions de Tivoli. Un Luna-Park géant au centre de la ville avec, notamment, un bon vieux carrousel « voltigeurs » dont les sièges montent et tournent à… quarante mètres du sol ! Le soir repas thaïlandais au restaurant de notre hôtel le « Blue Radisson Scandic ». Beau décor et nourriture à l’avenant, pour un prix très correct.

L’Opéra d’Oslo inauguré en 2008.
Karl Bloch dans une auberge autrichienne.

GÖTEBORG (S) — le 17 juin
Le clapier le plus cher du monde !

En route pour Göteborg et la Suède. Les autoroutes sont gratuites sauf un pont, magnifique et imposant, pour arriver à Malmö. Ensuite c’est la campagne, plate, organisée à perte de vue avant d’atteindre Göteborg et notre résidence : le « Grand Hôtel Opera » ou une foule, assez vulgaire, se bouscule devant le comptoir d’enregistrement. Quant enfin nous découvrons nos chambres, elles sont minuscules, à peine dix mètres carrés, les commodités ont la surface d’une cabine de téléphone et, cerise sur le gâteau, l’unique fenêtre s’ouvre sur un mur à peine distant d’un mètre cinquante, le soleil n’arrive donc jamais au fond de ce puits. C’est lugubre, mais nous n’avons pas le choix, nous dormirons donc dans le « clapier » le plus cher du monde : Fr. 322.- la nuit !

Et c’est sur le port, au « Swedish Taste » que nous passons notre colère en compagnie d’une bouteille de pinot blanc alsacien de l’excellent Jos Meyer.

Holmenkollen du haut du grand tremplin, un court voyage accroché à une tyrolienne.

— le 18 juin (matin)
Une vraie catastrophe !

Heureusement que le bar de l’hôtel nous accueille pour le petit-déjeuner, car il est 9 heures 30 et il n’y a pas une seule place de libre dans le resto, toutes les tasses à café sont utilisées et il n’y a plus de croissants et encore moins de petits pains, c’est une foire d’empoigne orchestrée par un personnel renfrogné et grossier. Aucun doute ce « Grand Hôtel opéra » n’a rien, mais alors rien de grand… sauf ses factures !

Sur le port d’Oslo.

OSLO (N) — le 18 juin
Le cauchemar !

Le thermomètre annonce 22 degrés quand nous arrivons dans la capitale norvégienne. Comme c’est souvent le cas, trouver un hôtel au centre d’une ville que l’on ne connaît pas est un exercice périlleux. Nous en faisons une fois encore l’expérience, même si notre voiture est équipée d’un GPS qui, hélas ne maitrise  pas tous les ronds-points, sens uniques et autres travaux intervenus ces derniers temps. Mais tout finit par s’arranger et on découvre l’Hôtel Anker.

Dans le parc consacré au sculpteur Gustav Vigeland.

Après avoir attendu derrière une colonie de touristes russes, nous recevons nos chambres qui, pour le prix (Fr. 125.-), sont parfaitement adéquates. Hélas cette première journée norvégienne vire au cauchemar dès que nous entreprenons la visite du centre-ville. La rue principale qui, jadis fut élégante, n’est, en ce samedi après-midi, plus qu’un souk. Les étals qui envahissent la chaussée proposent des vêtements très bon marché et de mauvaise qualité à une clientèle hétéroclite qui, allégrement, marche sur les habits tombés des présentoirs. Un peu partout un nombre incroyable de mendiantes et mendiants, surtout des Roms, font la manche. Oslo n’est plus la belle paysanne, un peu embourgeoisée, que nous avons connue il y a quelques dizaines d’années. Tempi passati.

Finalement, c’est à la « Brasserie Française » que nous passons cette fin de journée en compagnie d’une terrine de foie gras et d’un tartare de boeuf avec ses frites « maison » qu’accompagne un excellent Crozes-Hermitage de Guigal. De quoi nous réconcilier, un peu, avec cette ville qui promet tout de même quelques surprises. Mais pour demain.

« Le Cri » d’Edvard Munch.

— le 19 juin
Une personnalité complexe

Promenade, sous le soleil, jusqu’au musée consacré au grand peintre norvégien Edvard Munch. Plusieurs petits films, dont un dédié à Anna son modèle préféré, éclairent la personnalité complexe de l’auteur du « Cri ». Ils tournent en boucle et sont projetés en norvégien ou en anglais devant un public attentif. En revanche l’exposition qui met en relation la période au cours de laquelle le peintre américain Jasper Johns fut influencé par Munch me laisse un peu sur ma faim. Seules quelques belles toiles de Munch m’intéressent, mais on en verra d’autres au musée national des Beaux-Arts notamment.

Les fjords sont à la Norvège ce que les montagnes sont à la Suisse : assez sauvages, beaux et nombreux. Il y en a de petits et d’autres très importants, celui qui mène à Oslo mesure près de 100 kilomètres. C’est précisément pour découvrir certaines des îles qui peuplent ce bras de mer que nous prenons un bateau qui pendant une bonne heure nous promène dans de magnifiques paysages et notamment devant le Nouvel Opéra de la ville inauguré en 2008. Ensuite Fabien et moi prenons la voiture pour aller à Holmenkollen, la Mecque du ski nordique située dans la banlieue de la capitale. Là, un petit funiculaire nous conduit au sommet du grand tremplin de saut d’où la vue sur la baie d’Oslo est à couper le souffle. Comme il fait jour jusqu’à 23 heures, sur le chemin du retour nous faisons une halte au parc Vigeland du nom du fameux sculpteur norvégien Gustav Vigeland. Il y a beaucoup de monde qui déambule entre les statues d’hommes et de femmes entièrement nus dans des positions parfois assez évocatrices.

Parce qu’il fait toujours beau et… chaud nous mangeons le soir sur la terrasse du restaurant Südost. Le menu Yang est un vrai « Asian Crossover », servie par une Asiatique aussi souriante que débordée.

— le 20 juin
Un musée… sans intérêt

Il n’aura plus qu’une fois aujourd’hui, ce qui ne nous a pas empêchés d’entreprendre plusieurs visites. Il y d’abord le Palais Royal et son magnifique jardin, les appartements, eux, ne se visitent qu’à certaines heures. Puis nous traversons la ville pour nous rendre à la forteresse médiévale d’Ackershus qui domine le port et présente quelques beaux meubles, ensuite nous nous rendons au Nobel Center, un bâtiment jaune qui date du début du 20e siècle. À l’intérieur le musée ne présente pas grand intérêt, mal conçu peu intéressant, on peut parfaitement ne pas le voir !

Le soir dîner au « Theatercafeen », un restaurant chic où nous finissons un excellent repas – mes papardelle alla Putanesca sont
à se relever la nuit – par une omelette… norvégienne bien sûr !

— le 21 juin
Une église qui a plus de… 800 ans !

Le jour le plus long de 2016. La St-Jean d’été. On commence par la visite de la National Gallery : Gauguin, Matisse, Picasso, Manet et un étonnant petit Goya sont à l’affiche, mais c’est surtout la salle consacrée à Edward Munch qui capte notre attention et notamment « Le Cri », cette toile, vénérée comme « La Joconde » dans le Nord de l’Europe. Si l’on ajoute les maîtres anciens, Lukas Cranach « l’aîné » notamment, qui eux aussi ornent les cimaises, force est de constater que cette pinacothèque est vraiment remarquable.

Remarquable aussi le quartier de « Bygdoy » dans lequel bon nombre de musées ont élu domicile. Nous entrons d’abord dans le « Norsk Folkemuseum », sorte de Ballenberg avec ses 170 maisons, dont une extraordinaire église en bois qui date de l’an 1170. Puis c’est au tour du radeau Kon-Tiki et de son équipage emmené par son chef Thor Heyerdhal – une des icônes de ce pays – de nous accueillir dans l’exposition qui lui est consacrée et à quelques pas de là, c’est le Fram de Fridtjof Nansen qui trône à l’intérieur d’un local construit pour l’abriter. Décidément que ce soit dans l’Arctique, à la fin du 19e siècle ou sur le Pacifique, après la Deuxième Guerre mondiale, ces explorateurs étaient des hommes courageux, mais aussi des scientifiques passionnés.

Sur le chemin du retour nous prenons l’apéritif sur une jolie terrasse intérieure avant de gagner la salle à manger de cet antique établissement au nom imprononçable : « Stertoruets Gjaest Giveri », mais à la cuisine savoureuse.

Stockholm (S) — le 28 juin
… Méridionale

Après avoir rendu la voiture de location chez Europ Car, et pris nos quartiers à l’hôtel Drottning Kristina Stureplan, nous commençons notre découverte de la capitale suédoise sous un beau soleil. Larges avenues, bâtiments cossus et élégants entourant de petites places sur lesquelles on a installé un bar qui reçoit une clientèle locale, plusieurs ports de petite et moyenne batellerie, quelques amarrages pour géant des mers qui chaque jour déversent des milliers de passagers contribuent à faire de Stockholm la plus méridionale des capitales scandinaves. C’est, en tous cas, notre première impression confirmée par le repas pris au « Wedholms Fisk » ou coquilles St-Jacques, scampis, soupe de poissons et soles meunières défilent dans nos assiettes pour le plus grand plaisir de nos papilles gustatives.Après un gueuleton de cet acabit, nous enclenchons une promenade digestive qui nous conduit jusqu’à l’île de Skeppsholmen soit deux bonnes heures de marche.

— le 29 juin

Après le petit-déjeuner nous nous dirigeons vers l’office du tourisme pour acheter, avantageusement, des « pass » qui nous permettent, pendant deux jours, d’accéder aux musées, aux transports publics et aux excursions en bateaux sans bourse délier, mais, contrairement aux autres pays scandinaves, il n’y a pas de réduction pour les aînés ! Il est 13 heures quand débute la croisière à travers les nombreuses îles de « l’Archipelago » – il y en a des milliers ! qui peuplent le bras de mer devant Stockholm et qui sont souvent habitées.

Les maisons sont jolies, bien entretenues et prouvent bien que, malgré l’importance des taxes dans ce pays, il y a encore de riches suédois qui ont de sérieux moyens. Parmi ceux-ci l’ancien champion de ski Ingemar Stenmark dont nous apercevrons la somptueuse villa. Toute la balade se passe sous le soleil.

Au retour nous partons à pied pour le Palais Royal dont les appartements se visitent. C’est doré, doré et encore… doré, meubles et tapis de grande valeur garnissent aussi les chambres d’apparats. Et c’est là que je découvre que le roi Karl-Gustav, comme son père et son grand père, nourrit une passion pour les montres et les pendules suisses. Omega, Tissot, Jaeger-LeCoultre, Longines, Chopard sont au rendez-vous ainsi que le cadeau de mariage des souverains belges et luxembourgeois : une belle petite pendule de table signée Patek Philippe.

Enfin, on mange « à la française » au « Bistro Ruby » dans la vieille ville.

— le 30 juin
Le plus vieux théâtre du monde

Comme annoncé dans les médias, le soleil brille dès notre réveil. Certes, il nous faussera quelques fois compagnie, mais on peut considérer l’ensemble de la journée comme « scandinavo-estivale ».

Objectif ce matin, l’hôtel de ville de Stockholm pour prendre un bateau qui doit nous conduire à Drottningholm, un beau château qui fut la résidence de la famille royale jusqu’en 1981. Aujourd’hui une partie du bâtiment lui est toujours réservée. Intéressante visite, le plâtre et l’albâtre remplacent l’or du Palais Royal. Une petite déception toutefois, le parc n’est pratiquement pas ouvert au public, en revanche le théâtre du château, qui est le plus ancien théâtre au monde encore en activité, Mozart y a toujours droit de cité, nous réserve une excellente surprise grâce à une jolie guide convaincante dans ses habits d’époque.

Une nouvelle heure de bateau pour regagner la ville et il est 17 h 30 quand nous nous installons, comme, hier à la terrasse du « Pastis » un minuscule bistro français pour l’apéritif. À 18 h 15 nous faisons les quelques pas qui nous séparent du restaurant « Under Kastanjen » ou nous n’avons pas pu manger hier. Cette fois la table a été réservée assez tôt. Bonne ambiance, excellents produits notamment ma soupe Ninon. Dehors devant la terrasse du resto et sous un immense châtaignier, une petite centaine de personnes a pris place pour écouter trois conteuses et conteurs qui se relaient. Ce festival, gratuit et bon enfant, dure plusieurs jours.

— le 1er juillet
Une pure merveille !

Contrairement aux prévisions il fait assez beau ce matin. Nous marchons jusqu’au Musée d’art moderne. Grand, lumineux, il propose dans son jardin un lot de sculptures de Niki de Saint Phalle, de son mari Jean Tinguely, de Calder et Picasso. Pour la visite je souscris, gratuitement, à l’application « maison ». Une pure merveille qu’il suffit d’installer sur son portable. Malheureusement les commentaires sont uniquement en suédois et en anglais. Peu importe, les speakers sont parfaits, leur diction aussi. Nous restons plusieurs heures dans ces bâtiments en nous amusant, entre autres, de l’expo consacrée à la japonaise Yayoi Kusama, une Pipilotti Rist avant l’heure.

En sortant de ce remarquable musée, nous traversons le salon nautique. Une foison de magnifiques bateaux à voile attend un acheteur. Tout près de là, le « Christopher » est à l’ancre. C’est un somptueux et sans doute somptuaire, voilier de plus de 300 tonnes, dont le mat principal atteint 57 mètres de hauteur. Ce bateau est enregistré dans les îles Caïman et ici il ne passe pas inaperçu tant il est élégant et soigné.

Repas au « Milano » ou la bouteille de Gattinara nous fait vraiment plaisir. Un peu moins quand on découvre que le Prosecco de l’apéritif nous est facturé au prix du champagne. La correction est faite sans discussion… mais c’est quand même la troisième fois que ce genre d’erreur se produit en Scandinavie… en notre défaveur bien sûr. Sans compter les surprises semblables au moment de régler l’addition dans certains hôtels. Un conseil : vérifiez toujours votre facture avant de la régler.

Paysage scandinave typique.

— le 2 juillet
C’est la fin !

Dernier jour en Scandinavie, dernières cartes postales, derniers achats, dernier musée la « Thiel Gallery ». Encore quelques Munch – car la production de cet artiste fut gigantesque – et des toiles de Kylberg et Janssen qui sont deux peintres contemporains du grand Edvard. Nous les découvrons dans la villa de ce riche collectionneur, ainsi qu’un petit Gauguin, un grand Toulouse-Lautrec et quelques Vuillard.

Dernier repas, toujours aussi délicieux au « Wedholms Fisk ». Il est 23 h 18, la nuit s’installe sur Stockholm.