Au-delà d’un record, l’histoire des cigares de Fidel Castro

Pour les 90 ans du mythique dictateur, Cuba se met en quatre et revisite l’histoire de ses puros. Gros plan sur ces fumées de rêve qui ont conquis les aficionados.

Texte : Jean-François Fournier
Photos : SP

Cuba, le Cuba de la tradition et du havane, était en fête. L’ancien président Fidel Castro vient en effet de célébrer son 90e anniversaire lors de l’une de ses rares apparitions publiques. L’occasion pour le célèbre torcedor José Castelar de marquer le coup en établissant un nouveau record du monde, celui du cigare le plus long. Une vitole que l’artiste aura mis une dizaine de jours à fabriquer, à raison de douze heures de travail
quotidien, grâce à l’appui de nombreux camarades. Au Guinness des records, l’objet affiche désormais la marque imposante de
90 mètres, hommage direct au chiffre anniversaire de Fidel.

Gageons que, même s’il ne fume plus depuis 30 ans, el presidente aura apprécié le geste, lui qui – au moins autant que Che Guevara – a popularisé le havane aux quatre coins du globe. Lui qui a vu défiler dix présidents américains durant son règne, avant de transmettre le pouvoir à son frère Raoul en 2008.
Lui, enfin, l’homme de toutes les controverses, qui a échappé à plus de 600 tentatives d’assassinat depuis la Révolution.

Pour rappel, les cigares constituent l’un des principaux produits d’exportation de l’île, après le nickel, les médicaments et le
sucre. Total des ventes en 2015, derniers chiffres disponibles : 428 millions de dollars pour 70 % des parts du marché mondial.

Une particularité rare

Impossible d’évoquer Fidel et le cigare sans vous narrer l’histoire du Cohiba, la marque phare de la compagnie d’état cubaine. L’origine du nom recoupe le terme utilisé par les indiens Tainos pour désigner le tabac. Et, dès le début, ce cigare a une particularité rare : ses feuilles d’une grande qualité se voient
appliquer un processus de triple fermentation. Originaires de la province de Pinar del Rio, elles participaient aux meilleures plantations de San Luis et San Juan y Martinez et étaient manufacturées dans la mythique usine d’El Laguito, une ancienne demeure de maître dans les faubourgs de La Havane.

Une attention qui s’explique au fond par l’importance politique de ces puros : ils étaient de facto, des années durant, la marque privée du président Castro, des hauts dignitaires du parti communiste et de leurs invités privilégiés. Pour certains spécialistes de la politique étrangère, les Cohiba ont même servi d’atout diplomatique majeur dans les relations entre La Havane et les grandes capitales du monde entier.

Fidel Alejandro Castro Ruz

Grâce à l’un de ces gardes du corps

A noter que Castro doit cette découverte à l’un de ses gardes du corps, qui se fournissait chez un ami, le rouleur indépendant Eduardo Rivera. Fidel réunit alors Rivera et certains de ses collaborateurs à El Laguito pour y monter finalement la première fabrique 100 % féminine du pays. Un lieu ultra privé durant des décennies et surveillé par les
services secrets du parti pour que personne ne découvre les petits secrets qui font du Cohiba la plus douce des merveilles caractérielles de la galaxie havane. Il a fallu finalement attendre 1982 pour qu’ils rejoignent les grands marchés publics occidentaux, où le Lancero, le long cigare fin du président, fera
très vite office de Graal et de légende. Avec le Panetela et le Corono Especial.

Aujourd’hui, la gamme est passée de trois vitoles à plus de vingt, si l’on prend en compte les séries spéciales, notamment celles créées pour le Festinal annuel du Havane.