Vous vous trouvez ici : Accueil Vins Les arts et le champagne Des bulles...

DES BULLES…

Envoyer Imprimer PDF

... dans la littérature

Le champagne est dans la littérature comme il est dans la vie. Sa présence symbolise la valeur de l'instant partagé, de l'événement que l'on arrose, de la victoire ou de l'exploit que l'on célèbre. Il est de toutes les fêtes et de tous les plaisirs, jusque dans leurs débordements. Car au propre comme au figuré, les bulles sont le symbole de l'effervescence. Source d'inspiration et d'images poétiques, le champagne est aussi un marqueur de situation dans un roman. Il n'est pas de la partie par hasard. Avec lui, les écrivains nous font entrer au théâtre de la mousse.

des bulles-01

Tout le monde les connaît, même sans les avoir lus, grâce au prix littéraire auquel ils ont donné leur nom. Dans le Journal des Goncourt, l'un des frères évoque un souvenir d'enfance resté très net dans sa mémoire. Il se trouve dans une salle d'auberge à l'occasion d'un voyage avec sa mère : « Devant moi qu'on tenait sur les genoux, un monsieur demanda une bouteille de champagne, une plume et de l'encre. J'ai longtemps pensé que l'homme de lettres était cela: un monsieur en voyage, écrivant sur une table d'auberge en buvant du champagne »¹. Même si l'écrivain précise tout de suite que c'est tout le contraire dans la réalité, le champagne joue un rôle particulier dans la littérature, et pas seulement à l'Académie Goncourt, qui agrémente ses déjeuners mensuels d'un champagne réserve Drouant, selon une tradition qui remonte aux années folles.

L'hommage de Tchekov…

Les grandes bouteilles de petites bulles sont d'ailleurs présentes dans de nombreux romans primés par le Prix Goncourt depuis 1903 et dans les œuvres d'une multitude d'écrivains parmi les plus célèbres. Certains d'entre eux, dont la réputation de buveur éclectique n'est plus à faire, avaient malgré tout une préférence pour le champagne. Anton Tchekhov a même fini par ne plus aimer que ça. « La vodka me dégoûte chaque jour de plus en plus, confie-t-il à un ami en 1888 ; je n'aime pas le vin rouge. Il ne me reste que le champagne… ». Seize ans plus tard, sa femme raconte. Dans une chambre d'hôtel, à Badenweiler, Anton est au plus mal. On apporte du champagne. L'écrivain s'asseoit et déclare avec solennité : « Je meurs », avant d'ajouter en souriant : « Il y a longtemps que je n'ai pas bu du champagne ». Puis il boit, s'allonge lentement et meurt réellement ².

...et d'Hemingway

A Cuba, où il avait acheté une maison, la Finca Vigia, à une vingtaine de kilomètres de La Havane, avec les droits d'auteur de Pour qui sonne le glas, Ernest Hemingway avait un surnom : « Papa Doble ». Du nom d'un cocktail de sa composition : rhum blanc, pamplemousse, citron vert et quelques gouttes de marasquin. Dans ses repères de la capitale cubaine, El Floridita et La Bode­guita del Medio, il était aussi connu pour son amour, plutôt immodéré, du mojito. En 1953, il n'en écrit pas moins à un ami : « Le champagne et du vraiment bon caviar sont les seules choses périssables que je connaisse qui coûtent cher et valent ce qu'elles coûtent ».

Voilà qui tend à contredire, chez le Russe comme chez l'Américain, le dicton « qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse ». On les comprend. Quand on boit du champagne, on boit plus que de l'alcool ou du vin, bien plus que ce qu'il y a dans le verre. Parce que le champagne est très vite devenu un mythe.

des bulles-02

1 Sauf indication contraire, les citations de cette chronique sont inspirées de l'Anthologie du Champagne, le Champagne dans la littérature universelle, de François Bonal, Edit. Dominique Guéniot, 1990, 889 pages ! De 1967 à 1979, François Bonal est responsable des relations publiques des Vignerons et Maisons de Champagne. A 65 ans, il se lance dans une carrière d’historien et d’écrivain du Champagne. Le recensement phénoménal de son anthologie est aujourd'hui poursuivi par l'Union des Maisons de Champagne.

2 La Vie de Tchekhov, Albin Michel, 1946, réédition 1989. Cette biographie est due à Irène Némirovsky, morte gazée dans un camp de concentration nazi en 1942, et bien connue aujourd'hui pour une autre œuvre posthume, Suite française, exceptionnellement couronnée par le Prix Renaudot en 2004.

Découvrez la suite de cet article dans notre magazine 293 - Décembre 09

 
Secured by Siteground Web Hosting